Guy Untereiner, une Alsace de carte postale

La Maison Bleue, Guy Untereiner.

Il y a quelques temps, il recevait une équipe de télévision japonaise. En décembre, il a exposé au marché de Noël alsacien de New-York. Ses cartes postales font le tour du monde. Pourtant, le dessinateur et peintre Guy Untereiner nous a reçus en toute simplicité dans son atelier de Drulingen. Découverte d’une figure haute en couleurs et de sa joyeuse galerie d’images alsaciennes.

C’est une maison bleue, au centre de Drulingen, village d’Alsace Bossue. La mairie lui loue cette magnifique maison à pans de bois du 17e, connue sous le nom de maison Ness. Il a posé ici ses pinceaux, ses gouaches, ses souvenirs de voyage, pour en faire son atelier d’un côté et une petite boutique de l’autre. Ce peintre fantaisiste, qui dessine des décors alsaciens depuis toujours, ne pouvait trouver mieux pour s’adonner à son art et puiser l’inspiration à la source.

Dans un sympathique méli-mélo, il nous invite à découvrir son univers, poétique, enfantin et tendre où se côtoient des scènes de vie inspirées de la vie d’autrefois couchées sur papier et des bibelots un peu kitsch, ramenés de ses nombreux voyages au Japon. « Quand l’équipe japonaise est venue tourner son reportage, ils ont voulu que je fasse disparaître toutes ces traces nippones » s’amuse-t-il. « Ce qu’ils aiment en Alsace, c’est notre belle image, notre attachement aux traditions, notre art de vivre et la propreté de nos villages. Je l’ai compris en allant là-bas, en traversant ces villes aseptisées, car j’ai déjà été invité 8 fois pour l’animation French Fair du grand magasin Takashimaya de Nagoya. Les Japonais aiment vous starifier ! Chaque jour de cette folle semaine, je signe des livres –bien souvent achetés sur la route des Vins- à tour du bras du matin jusqu’au soir. »

Carte postale "En allant au marché "
Carte postale "En allant au marché ", Guy Untereiner

Guy ne renie pas la parenté de ses illustrations avec Hansi, mais en y regardant de plus près, c’est le sens du détail, la drôlerie, la poésie qui nous touchent et nous invitent à redécouvrir une Alsace de carte postale. « J’aime m’inspirer de la culture traditionnelle, fouiller dans les archives, m’amuser avec des motifs traditionnels, mais toujours en les revisitant au goût du jour. En Alsace, on baigne dans une culture rhénane qui est un vrai melting pot… je me suis emparé de ces traditions, parfois anciennes, mais jamais passéistes» confie cet artiste bien de son temps.

Bons baisers d’Alsace
La carte postale, qui a fait sa bonne renommée et qui truste encore ses meilleures ventes, a d’ailleurs pour Guy une beauté toute particulière. « Moi qui suis un piètre photographe, je suis viscéralement attaché à ce souvenir qu’on achète pour moins de 2 euros et qu’on emporte avec soi comme un précieux souvenir des lieux qu’on a aimés. » Il nous lâche, sans aucune vanité, le chiffre de 90 000 cartes postales signées de sa main vendues chaque année ! Aurait-il imaginé ce destin incroyable, qui l’a mené partout dans le monde, à l’époque où il était apprenti pâtissier chez Naegel ? « Mon premier métier n’était pas si éloigné de mon goût pour la création, mais depuis toujours j’avais envie de dessiner. Je m’imaginais peintre sans le sou, mais heureux dans son atelier plein de couleurs. Même si j’ai toujours dessiné, je suis un authentique autodidacte de la peinture et de l’illustration. J’ai pris plus de temps que si j’avais été formé à cet art, mais j’ai pu me forger mon propre style, faire à ma sauce avec un mix de tout ce qui me plaisait. »

Guy Untereiner devant sa boutique - atelier de Drulingen. Photo Christoph de Barry.

On retrouve beaucoup de ce joyeux bazar dans ses thèmes de prédilection : fleurs, nature, animaux, personnages attachants, folklore et traditions alsaciennes. Il a gardé ce même goût de la liberté dans sa technique picturale qui flirte avec la gouache, le crayon et le rotring. Parfois, il s’évade de son univers folklorique et associe gouache et collage pour des créations plus personnelles. Ce « collectionneur » de journaux et de papiers emprunte alors la voie du pop art pour livrer ses états d’âme, comme avec cette amusante galerie de portraits à lunettes exposée au musée Hansi à Colmar, qui rend hommage à toute sa carrière.

Un des portraits à lunettes exposé au musée Hansi.
Un des portraits à lunettes exposé au musée Hansi.

« La vie est faite de rencontres ! »
En retraçant son parcours, Guy égraine avec l’œil qui frise, ces rencontres qui ont tracé sa route et influé sa trajectoire. C’est lors d’une exposition de ses dessins dans un restaurant de Phalsbourg, où il faisait la plonge, qu’il a été repéré par une cliente qui l’a mis en relation avec la Manufacture d’Impression sur Etoffes Beauvillé. « J’y ai travaillé dix ans comme styliste, à dessiner des nappes et des torchons et j’ai adoré cet univers du textile ! J’ai pris conscience que j’avais cette sensibilité pour les beaux objets, plutôt que pour faire des tableaux toute ma vie. C’est à cette époque qu’est née ma vocation de touche-à-tout. » Un coup d’œil dans sa boutique suffit à le confirmer.

Les objets imprimés de ses illustrations peuplent une véritable caverne d’Ali Baba. Auréolé de ses succès dans les arts de la table, il a ensuite osé frapper à la porte des grandes maisons parisiennes, telles Hermès ou Vuitton avec qui il a collaboré un temps. Autre rencontre marquante et « écrite » dans la vie de cet ancien pâtissier, Christine Ferber, fée alsacienne des confitures et muse, qui lui confie depuis plus de 20 ans le dessin de ses cartes et de ses boîtes de chocolats et de gâteaux. En hommage à ses premières amours et en bon vivant, il illustre aussi une foule de jolis livres de cuisine et de gourmandises. Ce passionnant moulin à anecdotes raconte aussi qu’il a aimé collaborer avec Arts et Collections d’Alsace, pour l’émulation que procure le travail en équipe. En fait, il aime créer avec un cadre, une contrainte, comme cela était aussi le cas pour les cocottes Staub, les tissus MDS ou les grandes faïenceries de la Lorraine : Sarreguemines, Lunéville, Niderviller, auxquelles il a prêté son imagination foisonnante.

Aujourd’hui ce touche-à-tout génial, ouvert au monde, s’exporte via sa boutique en ligne, gérée en famille. Des clients fidèles des Etats-Unis, d’Australie, de Lettonie… lui commandent des morceaux de cette Alsace rêvée, qu’il affectionne sans nostalgie, qu’il croque avec gourmandise et inspiration. Dans la belle maison bleue qui l’attendait pour reprendre vie, derrière les fenêtres décorées de papiers dentelles, on peut le voir chaque jour un pinceau à la main, puisque son ordinateur ne lui sert qu’à écouter de la musique et à répondre à ses fans. Au fil du temps, son style s’est épuré, affiné et raffiné… tel celui d’un artisan d’art populaire qui se remet tous les jours à son ouvrage.


La boutique-atelier de Guy Untereiner
8, rue Général Leclerc à Drulingen | 03 88 01 11 55
Exposition jusqu’en mai au Musée Hansi de Colmar


Par Corinne Maix
Photos Christoph De Barry