Robin Sipion,
l'alchimiste du bijou

À 23 ans, Robin Sipion prolonge l’héritage de la bijouterie – joaillerie familiale en favorisant les créations contemporaines. Workaholic mais surtout passionné par le bijou et par tout ce qui l’entoure, il a enchaîné les concours et ne cesse aujourd’hui d’explorer de nouvelles techniques et de nouvelles matières pour se lancer, chaque jour, de nouveaux défis.

Robin Sipion, bijoutier - joaillier. Photo : Pascal Bastien.
Robin Sipion, bijoutier - joaillier à l'atelier Hammaecher Sipion, l'entreprise familiale. Photos : Pascal Bastien.

Au sein de la large palette des métiers du métal, la joaillerie fait figure d’exception. Dans l’atelier Hammaecher Sipion pas de gigantesque brasier, même si la flamme, personnage principal du métal, est toujours présente. Tous les outils sont là mais sont infiniment plus petits, et les gestes, d’une finesse extrême. Robin Sipion, 23 ans (!) les peaufine depuis 2012, année qui marque son entrée dans l’entreprise familiale et le début de son apprentissage. « Mon grand-père était joaillier depuis 1948, il a ouvert sa boutique en 1981 et a pris ma mère en apprentissage. Le jour où il est parti à la retraite, ma mère a accepté de reprendre les rênes. » Enfant, puis adolescent, Robin regarde la bijouterie sans vraiment y penser : « Je n’ai pas vraiment grandi dedans, mais j’aimais dessiner et bricoler. En tant que mec, je me disais que ça ne pouvait pas m’intéresser. Au début du lycée, je ne savais pas quoi faire, j’ai passé une semaine à l’atelier et ça a été le déclic. »

Mais ce qui va le bousculer, ce sont surtout les concours. En 2014, il s’inscrit aux Olympiades des métiers, remporte la finale régionale puis devient champion de France. « Les concours, c’est 12h par jour de boulot en plus de l’emploi du temps d’artisan. Les Olympiades, c’est une grande famille, ça m’a beaucoup apporté à un âge où on ne sait pas trop qui on est. Ça a amplifié ma passion. » Ce rythme-là fait partie intégrante de sa personnalité : Robin Sipion ne tient pas en place et enchaîne les concours. « Je ne voulais pas reprendre la bijouterie, j’avais la bougeotte, mais le décès de mon grand-père a tout changé… » Il se concentre dès lors sur l’héritage familial et s’emploie à renouveler la clientèle en mettant l’accent sur la création (en plus de la réparation) avant de racheter les murs de la maison.

« Ça ne s’arrête jamais, on y pense tout le temps. »

Ce qui l’intéresse, ce sont les pièces complexes, toujours aller plus loin, plus haut, trouver des solutions, innover et mieux faire. Comme s’il avait fait sienne la mentalité des concours, il ne cesse de se challenger. Il le reconnaît d’ailleurs : « Je suis addict au fait de repousser mes limites, la stabilité a tendance à m’ennuyer, j’ai toujours envie de faire plus. »

Ce jour-là, il nous parlera d’une bague sur-mesure sur laquelle il a passé 150h, son plus gros projet de 2019 : des formes mêlant feuille de ginkgo et libellule, serties de pierres précieuses. Le travail est colossal. Ce qui booste son instinct, ce sont les pièces organiques et florales (il cite Lalique) et évidemment, la relation à sa clientèle. Pour lui, il y a deux moments cruciaux : celui de la fabrication et cet instant précis où sa première idée se transforme, aidée par les caprices de la matière, et « celui où on remet le bijou au client », évidemment. Une passion qui a néanmoins un prix : « Ça ne s’arrête jamais, on y pense tout le temps. » Et peut-être aussi celui de la maturité. Robin Sipion a changé de cercle d’amis et ne côtoie plus les gens de son âge : «On n’a pas les mêmes problèmes. » En ce moment, il pense justement à s’étendre et pourquoi pas à exposer.


Atelier Hammaecher Sipion
4, rue des Serruriers à Strasbourg


Par Cécile Becker
Photos Pascal Bastien