Maison d’hôtes et de caractère

Au coeur du village de Willgottheim, dans le Kochersberg vallonné, la maison d’hôtes La Cour de Lise incarne un lieu marqué par son histoire, où le temps semble ne pas avoir de prise. Rencontre avec Chantal Henry, maîtresse des lieux depuis 2021.

La maison d’hôtes La Cour de Lise à Willgottheim
La maison d’hôtes La Cour de Lise à Willgottheim. © Grégory Massat

À peine le seuil franchi, nous voilà transportés ailleurs, charmés par le cachet de cette ancienne ferme du xviiie siècle transformée en maison d’hôtes. Sol pavé, murs de pierres, poutres apparentes, colombages, parfum de la terre et bruits de la nature, à La Cour de Lise, c’est la belle émotion qui prime. Dans les chambres, les matériaux authentiques et le mobilier chiné s’associent avec une rare élégance et mettent en valeur la mémoire de ce lieu chargé d’histoire, tandis qu’à la table d’hôtes on déguste dans une ambiance conviviale les délicieux plats concoctés par Chantal Henry et son fils Timothé, le tout accordé à de très bons vins. Dans ce cadre bucolique propice aux moments inoubliables, impossible de résister à l’appel du vaste jardin fleuri agrémenté de sa piscine ou de l’espace spa qui invite lui aussi à la détente. Entretien avec la maîtresse des lieux.

Chantal Henry, maîtresse des lieux depuis 2021
Chantal Henry, maîtresse des lieux depuis 2021. © Grégory Massat

Comment est née l’idée de reprendre une maison d’hôtes ?
C’est un rêve vieux de plus de dix ans. J’ai travaillé pendant 22 ans dans un grand groupe américain en tant que directrice financière j’aspirais à autre chose. J’étais consommatrice de chambres d’hôtes et j’ai toujours trouvé que les gens chez qui on allait respiraient un certain art de vivre qui me plaisait bien. Je suis une femme de cuisine, une femme de vin et j’aime les gens. La maison d’hôtes crée des rapports qui sont réels et le partage est mon moteur aujourd’hui. Il y a eu plusieurs tentatives non abouties. En 2020, j’ai 50 ans et je me dis que la vie est davantage derrière moi que devant, que si je veux faire quelque chose, c’est maintenant. Lors d’un voyage en train, j’ai cherché « chambres d’hôtes à vendre dans le Bas-Rhin » sur Internet et je suis tombée sur La Cour de Lise. Le dimanche suivant, j’ai visité le lieu avec mon mari et deux mois après, on a signé.

C’est un lieu chargé d’histoire.
Effectivement, cette ferme bâtie au début du XVIIIe siècle était à l’origine un relais de poste qui se situait sur la route principale qui menait de Strasbourg à Paris. Une halte incontournable pour les voyageurs qui scella historiquement la première rencontre entre Louis XV et Marie Leszczynska, celle qui allait devenir sa femme. L’auberge a été florissante jusqu’à la disparition des relais postaux et la construction des grandes voies, le développement destransports délaissant petit à petit cet axe. En 2007, la maison, devenue alors une maison d’habitation, est rachetée par Isabelle et Jean-Paul Bossée (ancien étoilé de La Cheneaudière). Ceux-ci la transforment en restaurant puis en chambres d’hôtes, le corps de la grange étant réhabilité en mêlant matériaux bruts et mobilier chiné avec la patte d’Isabelle. On s’est installés en juin 2021 et on a repris les chambres telles quelles, puis on a ajouté en 2022 un espace spa avec sauna et jacuzzi. Nous avons également fait le choix de transformer le restaurant en table d’hôtes. 

Intérieur de la maison d’hôtes La Cour de Lise à Willgottheim. © Grégory Massat

En quoi consiste la table d’hôtes ?
C’est une tradition qui permet de tisser des liens. Le partage est important au même titre que de travailler avec des produits locaux. Notre menu comprend un apéritif, une entrée, un plat, un dessert et l’accord mets et vins. Je me suis rendue sur les domaines, j’aime raconter leur histoire et celles des vignerons. Si les gens que j’accueille ne sont pas Alsaciens, je leur cuisine une choucroute, un baeckeoffe, un plat régional… Hors saison, lorsque les hôtes sont du coin, j’essaye de leur faire découvrir des choses qui sortent de l’ordinaire. Je suis fan du sucré-salé, de plats exotiques, et j’ai transmis ma passion pour la cuisine à mon fils qui travaille à mes côtés. On se fournit au Gaveur du Kochersberg, pour la viande, les asperges, certains légumes, le fromage provient de la ferme du Haut Village à Woellenheim. En été, on se sert de notre potager. Nous proposons la privatisation du lieu pour les fêtes familiales (mariages, anniversaires…) et disposons d’une salle de séminaire. Hors période estivale, nous organisons des brunchs thématiques faits maison et sous forme de buffet. Lors d’un brunch aux couleurs de l’Alsace nous proposions des mini-tartes flambées à la truite fumée et des parmentiers au boudin.

D’où vous est venue votre passion pour la cuisine ?
L’année de mon bac, je faisais la plonge dans un restaurant. La spécialité du chef était une entrecôte sauce pinot noir que je trouvais fabuleuse. Il m’a appris à faire la sauce. Lorsque j’ai vu les étincelles dans le regard de mon papa, ça a été le déclic. J’ai ensuite fait tous les repas de Noël de la famille puis j’ai cuisiné pour les copains. Quand on vous dit que votre cuisine est délicieuse, qu’elle vaut un bon restaurant, c’est valorisant et encourageant.

Deux ans après la reprise de ce lieu, quel est votre sentiment ?
C’est un vrai métier, j’avais sous-estimé le temps que certaines choses prennent, mais je n’ai pas de regret. Faire des rencontres, partager des repas et du bon vin, c’est la vraie vie.


La Cour de Lise
26, rue principale à Willgotheim
07 84 11 04 44


Par Emma Schneider
Photos Grégory Massat