Parfums cultes #14 : Diorissimo de Dior, 1956

Sur cette route des parfums cultes où nous cheminons depuis 3 ans et 12 numéros, nous avions hâte d’arriver à lui, à qui nous vouons un amour éternel, presque aussi grand que celui que nous portons à Après l’ondée (Guerlain, 1906) qui tient à ce jour encore le record de citation dans ces pages… Alors que la mode est aux parfums très capiteux, Edmond Roudnitska (auteur notamment de la troublante Eau d’Hermès) se lance dans une création qu’il veut simple et moderne. Pour ce nez génial et cérébral, la parfumerie s’est fourvoyée en abusant de matières trop sucrées et trop alimentaires (I hear you, Edmond…). Il revient alors à ce qu’il considère comme l’essentiel : les fleurs. À Christian Dior, pour qui il a déjà créé Diorama et Eau fraîche, il propose un soliflore muguet.

Cette clochette délicate au parfum étonnamment puissant et au dessin très graphique, symbole du bonheur, est la fleur fétiche du couturier. Son parfum étant impossible à extraire, Roudnitska doit l’évoquer en associant les matières. Il réussit une composition magistrale devant laquelle les critiques se pâment encore. Luca Turin compare sa virtuosité et son esprit à l’ouverture des Noces de Figaro de Mozart.
C’est un ravissement, un grand éclat de rire en même temps qu’un parfum d’une rare profondeur. Si l’on tend bien le nez, son apparente simplicité révèle une grande complexité. Diorissimo est certes un soliflore, mais c’est d’abord une brassée. On reconnaît indubitablement le muguet, mais on distingue aussi les fleurs qui ont permis de le recréer : ylang-ylang, amaryllis, jasmin, une note verte de jacinthe qui évoque le croquant des feuilles, un lit de santal et de civette qui soutient le tout.

Diorissimo oscille entre réalisme et impressionnisme, il rend palpables le croquant et la fraîcheur humide des clochettes tout en dépliant l’imaginaire. Gai, lumineux, riche et intense, Diorissimo a la fougue de la jeunesse et d’un matin de printemps. Il irradie la légèreté et la joie de vivre, et la critique Rebecca Veuillet-Gallot l’imagine très justement sur Grace Kelly dans High Society, jupe corolle et bouche en fleur. Malheureusement, des reformulations à répétition ont gravement endommagé cette belle composition. Diorissimo était un tintinnabulement, il est devenu strident. S’il fallait néanmoins choisir une version contemporaine, on préfèrera l’eau de parfum. Peut-être même qu’on hésitera avec Lily of the Valley de Penhaligon’s… Mais dès qu’on remet le nez dans la version vintage, on se rappelle qu’au mitan des années 50, la joliesse s’était incarnée dans un flacon.


Texte : Sylvia Dubost
Illustration : Laetitia Gorsy

Parfum disponible au Printemps